Les nuits des songes
Dans les pays de langue française, quelques nuits de l’année passaient pour particulières. Autrefois, les jeunes gens, et surtout les jeunes filles, y pratiquaient de petits rituels pour voir en rêve la personne qu’ils allaient épouser. Des folkloristes du XIXe siècle, comme Paul Sébillot en France ou Alfred Cérésole en Suisse, ont noté ces coutumes de village en village. Vous trouverez ici les principales, chacune avec la région d’où elle vient.
En hiver
Veille de la Saint-André (nuit du 29 au 30 novembre)
En Wallonie et en Lorraine, on s’adressait à saint André ou l’on croquait une pomme au coucher, pour voir en rêve son futur mari.
Veille de Noël (24 décembre)
Dans les Alpes vaudoises, une prière à la lune, une clé ou un bas glissé sous l’oreiller devaient faire apparaître en rêve la personne à épouser.
Veille des Rois (5 janvier)
En Ille-et-Vilaine, trois feuilles de laurier sous l’oreiller et une formule aux Rois mages devaient faire rêver du futur amoureux.
En été
Nuit de la Saint-Jean (du 23 au 24 juin)
En Wallonie, les jeunes filles priaient la lune de leur montrer en rêve leur futur mari. En Gironde, un œuf dans un verre d’eau passait la nuit sur le rebord de la fenêtre.
Sans date fixe
À la nouvelle lune
Dans l’Yonne, en Haute-Bretagne, dans le Maine ou en Flandre française, on saluait le croissant de lune avant d’aller au lit. La prière finissait presque partout de la même façon : « Fais-moi voir en mon dormant / Qui j’aurai en mon vivant ». En Poitou, filles et garçons sortaient sept soirs de suite pour regarder la lune à son premier quartier.
Sept étoiles, sept soirs
Dans le Bocage vendéen, on comptait sept étoiles par soir pendant sept soirs, en prenant chaque fois des étoiles différentes. Le rêve de la septième nuit passait pour dire vrai.
Un hareng, un jaune d’œuf, une feuille de pissenlit
À Polleur et à Liège, les jeunes filles mangeaient un hareng cru pour voir en rêve leur futur mari. En Gironde, on mangeait au coucher un jaune d’œuf dur gardé trois jours dans le sel : en rêve, l’amoureux venait offrir un verre d’eau. En Franche-Comté, une feuille de pissenlit bien entière sous l’oreiller suffisait.
Ce qu’on peut en retenir
Ces coutumes parlent d’espoir, de curiosité et souvent de fous rires entre jeunes gens. Un rêve ne dit pas l’avenir, mais il montre parfois ce qui vous tient à cœur. Si l’une de ces nuits vous laisse un rêve marquant, notez-le au réveil. Le relire plus tard est souvent un vrai plaisir.
Symboles associés
Sources
- P. Sébillot, « Le Folk-lore de France », t. I : Le ciel et la terre, Paris, Guilmoto, 1904, p. 55–59
- P. Sébillot, « Le Folk-lore de France », t. III : La faune et la flore, Paris, Guilmoto, 1906, p. 234–235, 350, 398, 514
- Y. Bastin, « Le mariage en Wallonie », dans « Mariage et traditions », Traditions et Parlers populaires Wallonie-Bruxelles, Bruxelles, 1996, p. 7–8
- A. Cérésole, « Légendes des Alpes vaudoises », Lausanne, 1885, p. 329–330
- A. Orain, « Folk-lore de l’Ille-et-Vilaine », t. I, Paris, Maisonneuve, 1897, p. 97–98
Les interprétations des rêves sont proposées à titre de divertissement.